Beni : ADF et FARDC impliqués dans la contrebande de cacao (rapport de l’ONU)

Selon le dernier rapport du groupe d’experts du Conseil de sécurité des Nations Unies sur la République démocratique du Congo, les ADF ont attaqué et enlevé des agriculteurs, dont bon nombre cultivaient du cacao, sur l’ensemble du territoire de Beni (dans la province du Nord-Kivu). Et ces rebelles ougandais ont mené, avec leurs collaborateurs, des actes isolés de récolte, de vol et de négoce de cacao. Ce rapport des Nations Unies cite aussi certains membres des FARDC qui ont, pour leur part, récolté le cacao dans les champs abandonnés par la population et l’ont passé en contrebande en Ouganda.

Dans sa lettre datée du 10 juin 2021, adressée au président du Conseil de sécurité des Nations Unies, le groupe d’experts sur la République démocratique du Congo a présenté le rapport final sur ses travaux. Lequel rapport a été communiqué le 07 mai 2021 au comité du Conseil de sécurité créé par la résolution 1533 (2004) concernant la République démocratique du Congo, qui l’a examiné le 20 mai 2021.

Ce rapport dont on a demandé à présenter aux membres du Conseil de sécurité des Nations Unies et de le faire publier comme document du Conseil, a entre autres insisté sur le secteur du cacao, et ainsi, dénoncé l’implication de certains membres des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) dans la contrebande et l’impact des groupes armés, principalement les ADF, dans la récolte, le vol et le négoce de cacao.

Des attaques des ADF contre des exploitants de cacao

Ce rapport des Nations Unies affirme que depuis mars 2021, les rebelles ADF ont tué par machette ou par balle plus d’une centaine d’agriculteurs qui se trouvaient aux champs sur l’ensemble du territoire de Beni (province du Nord-Kivu), dont beaucoup cultivaient le cacao, et en ont enlevé des centaines d’autres, les contraignant parfois à cultiver pour leur compte.

Toujours dans la même province du Nord-Kivu, d’autres attaques visant des agriculteurs se sont déroulées dans le Rwenzori, autour d’Oicha, dans des champs le long de la route Mbau-Kamango et, à partir de la mi-2020, dans la partie sud d’Irumu, indique le rapport qui stipule que « Les ADF, qui ont conduit ces attaques, ont évoqué l’éviction des terres et la propriété foncière, au cours des attaques menées dans le Rwenzori ».

A en croire ce rapport, les rebelles ADF et leurs collaborateurs ont procédé à des actes isolés de récolte, de vol et de commerce de cacao, en particulier dans le Rwenzori. Le groupe d’experts dit n’avoir cependant pas trouvé élément de preuve indiquant que les ADF avaient procédé au commerce de cacao à grande échelle et de manière systématique, durant la période considérée.

Le rapport note que les négociants de cacao ont occasionnellement été pris pour cibles durant les attaques des ADF dans des zones urbaines. Au moins quatre négociants ont fait l’objet d’attaques armées, de menaces et d’enlèvements et leurs locaux ont été pillés par des assaillants armés non identifiés.

Récolte et commerce de cacao par les FARDC

Le groupe d’experts du Conseil de sécurité des Nations Unies sur la RDC affirme s’être entretenu avec 31 exploitants de cacao des zones de Beni et de Rwenzori qui n’avaient pas cultivé leurs champs de cacao en 2020 et au début de 2021, de crainte d’attaques armées de la part des ADF, des Maï-Maï, d’assaillants armés non identifiés et de membres des FARDC. Seize cultivateurs ont déclaré que la majorité de leur cacao avait été récoltée par des membres des FARDC ou des jeunes non identifiés en tenue militaire ou en civil.

Le groupe d’experts de l’ONU a confirmé les déclarations de 11 témoins oculaires selon lesquels certains soldats commando des FARDC sous la direction du major John Zero-Zero du 312ème bataillon de commandos, alias Major Tipi Zero-Zero, ont récolté du cacao en 2020 et en 2021 dans des champs abandonnés autour de Halungupa, Bulongo et Mutwanga, aidés parfois par de civils.

Selon le rapport, le groupe d’experts de l’ONU qui affirme détenir d’autres preuves de l’implication des FARDC dans la récolte et le commerce de cacao, n’avait pourtant pas réussi à contacter le major Zero-Zero au moment de l’établissement du présent rapport. Toutefois, un porte-parole des FARDC a confié à ce groupe d’experts onusiens que si les épouses des soldats pouvaient faire du commerce, les membres des FARDC, eux, n’y étaient pas autorisés.

Production, exportation et contrebande de cacao par les FARDC

Le rapport de l’ONU explique qu’« au moins 3 des 19 exportateurs officiels de cacao ont cherché à identifier les exploitants auprès desquels ils s’étaient approvisionnés en 2020. Une association commerciale et une coopérative avaient identifié leurs sous-acheteurs. Le nombre global d’exploitants et de champs sur l’ensemble du territoire de Beni n’était cependant pas connu.

Quatre négociants ont décrit des ventes régulières par des intermédiaires, sans procéder à des vérifications de la chaîne de contrôle du cacao. Bien que certains exportateurs aient décrit des efforts pour identifier et éviter les vendeurs, membres des FARDC, trois ont admis avoir acheté du cacao à des membres des FARDC et d’autres ont déclaré qu’il leur était très difficile de savoir ce qu’il en était ».

Par conséquent, le groupe d’experts de l’ONU affirme que des membres des FARDC ont facilité la contrebande transfrontière de cacao vers l’Ouganda, en collusion avec certains agents des frontières congolais. « Dans un cas, trois individus ont confirmé séparément que le Capitaine Kyomba du 312ème bataillon de commandos des FARDC gérait un dépôt avec un civil en vue d’exporter du cacao de Halungupa. Le groupe d’experts n’a pas réussi à contacter le Capitaine Kyomba au moment de l’établissement du présent rapport », décrit le rapport.

Il confirme aussi que des camions transportaient chaque semaine du cacao pour le compte de membres des FARDC ou accompagnés par eux, sur la Route nationale n°4 (RN4) en 2020 et en 2021. « Un ancien contrebandier de cacao a décrit comment, jusqu’en 2019, il avait versé 750 dollars en espèces par camion à un commandant des FARDC pour faire passer du cacao en contrebande la nuit en Ouganda à travers la rivière Lubiliha », souligne-t-il.

D’après ce rapport de l’ONU, « cinq personnes ayant une connaissance de première main ont déclaré que le cacao passé en contrebande parvenait, entre autres, à Bwere et Bundibugyo (Ouganda) où les négociants apposaient des certificats d’origine ougandaise, notamment à des fins d’exportation ». Il précise quant à ce qu’en 2020, les exportations de cacao de la République démocratique du Congo vers des destinations mondiales ont totalisé plus de 47.500 tonnes. Un peu moins de 34.500 tonnes ont été exportées par Kasindi (territoire de Beni), dont 10 % ont été officiellement exportés en Ouganda.

(Visited 1 times, 1 visits today)

Leave A Comment