Chronique du prof Mangambu de l’UOB : « Forêt, source de résolution pour l’élimination de la faim et de la pauvreté »

La pandémie de covid-19 a mis beaucoup des défis qui ont augmenté la faim et la pauvreté dans les zones forestières de la RDC. C’est ce qu’affirme le professeur Mangambu Mokoso de l’Université officielle de Bukavu (UOB) et directeur du Laboratoire de Systématique Végétale, Biodiversité et Management des écosystèmes (LSVBME), du Département de Biologie, Faculté des Sciences, dans sa récente analyse. Ci-dessous, l’essentiel de la réflexion de ce grand scientifique congolais.

En rappel, depuis 1990 à la suite de l’évènement de multipartisme, le nombre de personnes vivant dans une situation d’extrême dénuement a été augmenté de plus de deux tiers en RDC. Ces concitoyens vivent avec moins de 1 dollar américain par jour, alors qu’après le sommet de la terre de et du climat, la RDC était engagée à éliminer la pauvreté extrême et la faim d’ici à 2030.

Malheureusement, les différentes épidémies et la pandémie de covid-19 ont mis encore des obstacles qui empêchent les pauvres de subvenir à leurs besoins. A cette économie pauvre, la population n’a pas de facilité à accès au crédit, aux services et aux ressources, dont les ressources naturelles, d’améliorer leur capacité à gérer les risques et de mettre en relation les petites exploitations agricoles avec les marchés et systèmes alimentaires.

Aussi, les investissements agricoles ont été et sont encore moins efficaces. Mais ce n’est pas la seule, il y a aussi les incidences de la pandémie et des mesures de confinement, qui ont durement touché en particulier les personnes vulnérables.

Avant la pandémie déjà, une partie importante des progrès de la population avait eu un coût élevé pour l’environnement. L’intensification de la production agricole et le défrichage des forêts, menés dans le but de produire toujours plus de denrées alimentaires et autres produits agricoles, ont entraîné à eux deux une dégradation de l’environnement et contribuent à la crise climatique.

Poursuivre la production agroalimentaire en restant sur la voie actuelle n’est pas une option viable.

Une transformation plus en profondeur des systèmes agroalimentaires mondiaux est entamée, comme il ressort du Sommet des Nations Unies de 2021 sur les systèmes alimentaires et d’autres initiatives. Il s’agit de se relever à la fois d’une crise qui s’inscrit dans le court terme – la pandémie, qui touche la santé humaine – et d’une urgence plus profonde et de plus long terme, qui touche la santé de la planète.

D’autres voies peuvent être empruntées pour assurer l’avenir de l’alimentation et de l’agriculture, et il convient de s’en saisir. C’est ce qu’a fait que nous proposons un cadre stratégique pour les cinq dernières années, autour de quatre aspirations fondamentales : améliorer la production, la nutrition, l’environnement et les conditions de vie, pour tous, en ne laissant personne pour compte.

Le Laboratoire de Systématique Végétale, Biodiversité et Management des écosystèmes (LSVBME), du Département de Biologie, Faculté des Sciences, Université Officielle de Bukavu, a élaboré une vision pour des systèmes agroalimentaires durables, fondée sur cinq principes et 20 actions liées entre elles, applicables dans tous les secteurs et à différentes échelles. Parmi les plus stratégiques, il propose trois solutions faisant appel aux forêts et aux arbres, qui viennent en complément d’autres actions visant à instaurer des systèmes agroalimentaires plus efficients, plus inclusifs, plus résilients et plus durables.

 

Ces trois solutions sont les suivantes : mettre un terme à la déforestation et préserver les forêts ; remettre en état les terres dégradées et développer l’agroforesterie ; utiliser les forêts de manière durable et créer des chaînes de valeur vertes. La mise en pratique, simultanée et équilibrée, de ces trois solutions peut nous aider à affronter les crises que subissent les populations et la planète tout en produisant des avantages économiques dans des conditions durables, en particulier pour les communautés rurales (et souvent isolées).

Les forêts et les arbres constituent des biens précieux qui, si on applique les solutions forestières, peuvent contribuer à la relance et à l’instauration d’économies locales plus résilientes. Les solutions forestières partent du principe que les solutions à apporter aux crises planétaires interdépendantes auxquelles nous sommes confrontés ont des répercussions économiques, sociales et environnementales qui doivent être abordées dans leur globalité. L’économie de notre pays prospère aussi à la bonne santé de la forêt.

La dégradation de l’environnement contribue au changement climatique, à la perte de biodiversité et à l’apparition de nouvelles maladies. Les forêts et les arbres peuvent jouer un rôle crucial face à ces crises et dans l’instauration d’économies durables.

Trois solutions liées entre elles et faisant appel aux arbres et aux forêts peuvent faciliter la relance de l’économie et de l’environnement. À savoir : mettre un terme à la déforestation et préserver les forêts; remettre en état les terres dégradées et développer l’agroforesterie; et utiliser les forêts de manière durable et créer des chaînes de valeur vertes.

Pour agir en ce sens de façon optimale, il faudra réorienter les politiques nationales de manière à tirer parti au maximum des synergies entre ces solutions et entre l’agriculture et le secteur des forêts, dans l’ensemble du système agroalimentaire, et de manière à encourager l’investissement dans le secteur privé.

Ce résonnement vient dans leur ensemble et les conclusions de la Conférence des Nations Unies de 2021 sur les changements climatiques, tenue à Glasgow, vont dans le sens des trois solutions forestières. À l’issue de la Conférence, plus de 140 pays se sont engagés, par la Déclaration des dirigeants sur les forêts et l’utilisation des terres (Déclaration de Glasgow), à stopper le recul des forêts d’ici à 2030 et à apporter un appui à la restauration et à la gestion durable des forêts.

 

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