États généraux de l’agriculture : quid des recommandations plus de 5 mois après ?

Après trois jours de travaux, le Forum national sur les états généraux de l’agriculture organisé du lundi 27 au mercredi 29 septembre 2021 à Kinshasa par le Gouvernement de la République démocratique du Congo s’est clôturé sur fond des résolutions, mais aussi et surtout, des recommandations formulées par les participants. Ces derniers étaient des autorités sectorielles tant nationales que provinciales, des experts, spécialistes et scientifiques du domaine, des partenaires techniques et financiers du secteur, des producteurs agricoles, membres des organisations paysannes de la Société civile, ainsi que d’autres acteurs et intervenants du secteur agricole congolais.

Ces états généraux étaient organisés pour faire un état des lieux exhaustif du secteur agricole congolais. Le principal thème était : « l’agriculture, clé de la croissance économique durable et de la réduction de la pauvreté en République démocratique du Congo ».

Les travaux ont été déclinés en cinq commissions dont chacune avec sous-thèmes : accès au marché ; coopération extérieure ; financement du secteur agricole ; amélioration de la gouvernance agricole ; production et protection des végétaux. À l’issue de ces travaux, des problèmes du secteur agricole congolais ont été identifiés par les participants. Et à ces problèmes, des recommandations étaient formulées dans tous les sens, à l’intention des décideurs, chacun en ce qui le concerne.

Et jusqu’à ce jour, plus de 5 mois après ces états généraux, rien de semble bouger dans le secteur. L’on a l’impression que le statu quo perdure. La situation n’a pas changé et on ne sent pas un début de changement. Donc, avant les états généraux égal à après les états généraux.

Pourtant, ces assises ont été organisées par le Gouvernement de la République à travers son ministère de l’Agriculture, sous le haut patronage du Chef de l’État. Et c’est le Premier ministre Sama Lukonde qui a officiellement les travaux de ces états généraux de l’agriculture au nom du Président de la République empêché.

C’est pour dire que ce forum a bénéficié de toute l’attention de la plus haute autorité du pays. Et le ministre de tutelle, Désire M’Zinga Birihanze, les ministres provinciaux, les partenaires du secteur, etc., ont pris part active aux travaux de ces assises pendant les trois jours.

D’ailleurs, en présidant la cérémonie de clôture de ce forum, le ministre de l’Agriculture dans son discours avait même rassuré de la mise en œuvre des recommandations prises à l’issue de ces travaux. Et il a exprimé publiquement sa détermination quant à ce. Il avait également déclaré qu’à travers ces états généraux de l’agriculture lancés 30 ans après en RDC, le Ministère de l’Agriculture avait réellement pris l’option de relancer le secteur agricole congolais.

D’autant plus que la RDC a pris beaucoup de retard par rapport aux autres pays d’Afrique dans le développement de l’agriculture, a-t-il souligné. Et, l’occasion faisant le larron, il avait aussi sollicité l’appui des partenaires techniques et financiers du secteur agricole congolais aux efforts du Gouvernement de la République pour le développement de l’agriculture congolaise.

Mais l’on ne comprend pas pourquoi, jusqu’à ce jour, plus de 5 mois après, ces recommandations, pourtant adoptées par les participants, n’ont même pas encore commencé à faire effet et moins encore à porter des fruits. Elles sont donc restées lettre morte. Apparemment, ces recommandations ont été renvoyées aux calendes grecques ou aux oubliettes.

Pourtant, avec la tenue de ce forum sur les états généraux de l’agriculture, tout semblait être parfait pour espérer à un véritable décollage pour le développement du secteur agricole congolais. Que doit-on dire alors ? Est-ce que ce forum n’était que de la mascarade ? Est-ce que la volonté n’y était vraiment pas en réalité ? Ou peut-être que les choses ont été mal faites ? Est-ce qu’il y a un blocage quelque part pour démarrer les actions ? Mais à quel niveau ?

On ne comprend toujours rien sur la manière dont les choses sont gérées dans ce pays, surtout dans le secteur de l’agriculture.

Rappel des principales recommandations des états généraux de l’agriculture

Qu’il nous soit permis ici de rappeler ici lesdites recommandations issues du Forum sur les états généraux de l’agriculture. La toute première est de désenclaver les bassins de production sur l’ensemble du territoire national. La deuxième, renforcer l’organisation des marchés de produits, de matériels et d’intrants agricoles de qualité. Et la troisième est de renforcer les infrastructures et logistiques d’appui à la commercialisation des produits agricoles.

Les autres recommandations sont entre autres, de renforcer le système d’information des marchés et de promotion des produits agricoles ; d’améliorer la compétitivité des produits agricoles congolais sur le marché international ; vulgariser les lois et les textes règlementaires régissant l’accès au marché agricole ; la définition et la mise en place, par le Gouvernement central, de la politique agricole nationale avant le premier trimestre de l’année 2022.

En plus, mettre en place au sein du Ministère de l’Agriculture, un cadre d’identification et de coordination des projets et programmes… ; impliquer les différents services du Ministère de l’Agriculture aux niveaux provincial et local, dans la mise en œuvre de tous les projets agricoles ; de respecter les accords de financement pour éviter les dépenses inéligibles ; de cibler les zones d’intervention de projets et faire ce ciblage sur base des critères objectifs et de manière équitable.

Pour une allocation de 10% du budget national au secteur agricole

Au cours de ce forum sur les états généraux de l’agriculture en République démocratique du Congo, les participants ont également institué le faible taux d’allocation budgétaire en problème dans le secteur de l’agriculture. Et comme solution, ils recommandent aux autorités compétentes de développer un plaidoyer permanent pour une meilleure allocation budgétaire en raison de 10% du budget national alloué au secteur de l’agriculture, en se référant à la Déclaration de Maputo dont la RDC est signataire depuis plus de 15 ans aujourd’hui.

En outre, ils leur recommandent également de redynamiser les organes de suivi et contrôle des subventions du Ministère de l’Agriculture ; de mettre en place un registre national d’agriculteurs ; de développer des produits innovants, notamment le numérique, pour digitaliser et renforcer la traçabilité des transactions de la chaine de valeur agricole. Mais aussi, de vulgariser le Code des investissements sur toute l’étendue du pays ; de renforcer le système de promotion et des opportunités du secteur agricole ; de compléter l’arsenal juridique régissant le secteur agricole ; de mettre en place le cadastre agricole et la numérisation de ce secteur.

D’autres recommandations consistent à renforcer l’accès à la terre en faveur de la femme, des jeunes et d’autres personnes vulnérables ; à améliorer le cadre institutionnel et organisationnel aux fins d’assurer le renforcement des capacités dans le pays ; à assurer l’harmonie entre les ministres provinciaux en charge de l’Agriculture et les inspecteurs provinciaux ; à concrétiser le slogan renouvelé : « agriculture priorité des priorités » et matérialiser la vision du Chef de l’État, celle de la revanche du sol sur le sous-sol, par des allocations et décaissements budgétaires prioritaires y relatifs.

Une journée nationale de l’agriculture recommandée

Il était encore recommandé aux autorités congolaises à l’issue de ces assises des états- généraux de l’agriculture, d’instaurer une journée nationale de l’agriculture à l’instar d’autres pays africains ; de développer l’agro-industrie en s’appuyant sur des zones économiques spéciales reprises dans le Plan national d’industrialisation élaboré par le Ministère de l’Industrie ; et de mettre en place urgemment le Fonds national de développement agricole (FONADA), prévu dans la Loi portant principes fondamentaux relatifs à l’agriculture promulguée depuis décembre 2011.

Aussi, de relancer le programme des campagnes agricoles ; accélérer le processus de réforme foncière pour sécuriser les terres communautaires et mettre fin à la thésaurisation ; de revaloriser le rôle de l’agronome et d’autres agents impliqués dans le développement agricole ; d’étendre les programmes volontaristes agricoles et des parcs agro-industriels sur toute l’étendue du pays à travers les 145 territoires ; de redynamiser la recherche de développement dans le secteur agricole à travers le pays ; de revisiter le calendrier agricole national et l’adapter au contexte actuel, celui de changement climatique.

Les participants aux états généraux de l’agriculture ont aussi recommandé aux autorités d’accélérer le processus de vote et de promulgation du texte de loi organique sur l’Ordre des ingénieurs agronomes ; de créer un corps de moniteurs agricoles et des systèmes de gestion d’informations agricoles ; mécaniser l’agriculture dans les zones appropriées ; de finaliser le processus de mise en place de la loi portant sur les activités semencières ; de valoriser le savoir-faire des paysans ; d’instaurer une métrologie des eaux utilisées en agriculture ; de mettre en place des stations d’analyse de la qualité de l’air ; et de doter les laboratoires spécialisés des moyens pour analyser la qualité des sols.

Lepetit Baende

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