Les coopératives du Nord-Kivu prônent un monde meilleur

Une agricultrice de café dance lors d’une célébration de récolte à Idjwi au Sud Kivu, en République démocratique du Congo. © Baron Nkoy

Chaque premier samedi du mois de juillet, le monde célèbre la journée internationale des coopératives. En 2022,  ladite journée est tombée le 02 Juillet et les coopératives agricoles du Nord-Kivu l’ont célébré à Kiwanja, dans le territoire de Rutshuru, sous le thème : « Les coopératives construisent un monde meilleur ». Célébrée depuis 1922, elle est instituée officiellement par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1995. C’est pratiquement, la 100ème journée des coopératives et la 27ème édition de la célébration mondiale des coopératives.

 Au Nord-Kivu, les coopératives étaient réunies autour de la Coopérative centrale du Kivu (COOCENKI) à Kiwanja. Le but de cette célébration était d’attirer l’attention sur les coopératives et de promouvoir les idées du mouvement, telles que la solidarité internationale, l’efficacité économique, l’égalité et la paix dans le monde.

Le thème de cette manifestation était défini dans le cadre du Comité pour la promotion et le progrès des coopératives (COPAC) par l’Alliance Coopérative Internationale (ACI) et les Nations Unies depuis 1995. Pour le secrétaire générale des Nations Unies, Antonio Guterres, les coopératives répondent au signal d’alarme qui a averti que le monde était « au bord du gouffre – et allait dans la mauvaise direction ». Toujours selon lui, les coopératives, c’est « pour restaurer la confiance et inspirer l’espoir, nous avons besoin de coopération, nous avons besoin de dialogue, nous avons besoin de compréhension », a-t-il martelé.

Ainsi, quelques coopératives rassemblées autour d’une table-ronde à Butembo ont ressorti des engagements futurs pour l’essor des coopératives dans la province du Nord-Kivu. Il s’agit, pour les coopératives agricoles, représentées par la Coopérative Kawa Kabuya, de sensibiliser les membres à payer les parts sociales et mobiliser les fonds des préteurs pour financement de contrat existant ; sensibiliser la population locale à la consommation du café, organiser le marché public pour l’exposition du café ; sensibiliser les producteurs de faire un entretien de route pour permettre l’accessibilité de la zone et de faire appel aux autorités locales.

Et pour les coopératives d’épargne et de crédit, représentées par la COOPEC-CECAFEP, de renforcer l’éducation coopérative (pour les coopératives) et financière chez les membres ; instaurer la digitalisation financière pour créer un rapprochement entre les membres et le siège social qui est en Butembo (recours aux services financiers numériques) ; intégrer d’autres produits financiers suscitant l’intérêt des jeunes ; étendre le crédit warrantage à d’autres cultures outre le riz…

 Les coopératives en RDC…

Selon Baylon Katsongo, directeur de la COOCENKI, l’idée des coopératives revêt une connotation coloniale. Et cela dans son fond que dans sa forme. « Quand vous regardez l’historique des coopératives dans notre pays, on voit que ce sont les colons belges qui ont introduit le concept. Malheureusement ils l’ont conçu en une version tronquée, qui a déformé la coopérative en un outil qui devait servir la colonisation et asseoir leur pouvoir. C’était seulement une façon d’organiser les producteurs pour acheminer de façon ordonnée les produits agricoles vers les centres de traitement et d’exportation des colons », nous explique-t-il.

Pour servir leurs intérêts, les principes directeurs de la coopérative ont été enlevés volontairement. « Mais les principes des coopératives tels que la démocratie, l’égalité, l’équité etc. ont tous été volontairement oubliés. Les agriculteurs étaient repoussés dans le rôle de fournisseur de matière première, sans aucune participation en aval des chaînes de valeur », a-t-il poursuivi.

Malheureusement, après l’indépendance, les Congolais ont suivi la même direction que les colons. « La plupart des coopératives ont été manipulées par des politiciens et des barons du régime, de la même façon que ceux-ci l’avaient observé chez les colons. Cela a sali gravement la renommée des vraies coopératives, et jusqu’aujourd’hui, de nombreuses personnes croient que coopératives = exploitation et tricheries par des manipulateurs », fait remarquer M. Baylon Katsongo avec regret.

Pourtant les choses ont bien changé : en 2010, l’Organisation en Afrique pour l’harmonisation du droit des affaires, OHADA en sigle, a adopté l’acte uniforme relatif au droit des sociétés coopératives. Comme notre pays est membre de l’OHADA, cet acte uniforme fait désormais partie de l’arsenal juridique de la RDC aussi.

Les coopératives de la nouvelle génération, les vraies, sont en train de naître. Et c’est là que nos coopératives se heurtent à de nombreux problèmes.

« Le problème au Congo est que cette loi n’existe que sur papier. Elle n’a jamais été appliquée. Les fonctionnaires ne la connaissent pas, et les banques refusent de reconnaître le statut des coopératives, parce que les mesures d’application de cet acte uniforme n’ont pas suivi. Je vous donne un exemple : pour être reconnue comme coopérative, celle-ci doit être immatriculée comme société coopérative dans le Registre des coopératives ». C’est ce qui bloque l’envol des coopératives en RDC selon le directeur de la COOCENKI.

Les coopératives dans l’économie mondiale et de la RDC

Les coopératives ont un très grand rôle a joué dans l’économie mondiale et pourquoi pas en République démocratique du Congo. C’est ce que révèle Baylon Katsongo, directeur de la COOCENKI, lors de son entretien pour le plaidoyer des coopératives.

« Je vous donne quelques chiffres : le monde entier compte environ 1.400.000 coopératives, qui ont ensemble plus d’un milliard de membres. Une personne sur 7 sur cette planète est donc membre d’une coopérative. Elles ont créé plus de 100 millions d’emplois salariés et assurent les moyens de subsistance à plus de 250 millions de ménages dans ce monde. Les 300 coopératives les plus grandes du monde ont un chiffre d’affaires annuel combine de plus de 2,5 milliards de dollars », a-t-il démontré.

Et l’exemple de la RDC est aussi frappant ! Selon lui, la RDC est en phase de se rattraper et le réseau des coopératives peut rivaliser avec les autres réseaux. Ce n’est que le début ! « Chez nous au Congo, nous sommes en train de nous rattraper. Le Réseau des coopératives des producteurs de café-cacao de la RDC compte déjà une cinquantaine de coopératives-membres, avec en tout 100.000 membres producteurs de cacao-café. Et ceci n’est que le début ! Le potentiel des coopératives agricoles en RDC est vaste ! », Finit-il son intervention.

Ce que l’Etat congolais doit faire…

Cela fait 12 ans que l’État congolais a ratifié l’acte uniforme de l’OHADA mais sa mise en application reste un problème. Selon M. Baylon Katsongo, il faut tout d’abord commencer par mettre en œuvre l’acte uniforme de l’OHADA relatif au droit des sociétés coopératives, notamment par la mise en place du Registre des coopératives sur l’ensemble du territoire de la RDC. Adopté en 2010, c’est douze bonnes années que l’acte reste dans les tiroirs des ministères.

Et pour ce qui est de l’acte uniforme de l’OHADA relatif au droit des sociétés commerciales, il a été adopté en 2014. Sa mise en œuvre a suivi immédiatement. M. Katsongo se pose la question : « Pourquoi les sociétés coopératives ne sont-elles pas traitées avec le même respect que les sociétés privées? Alors que potentiellement elles peuvent changer la vie de beaucoup plus de congolais? La reconnaissance entière du statut de coopérative serait déjà un grand pas en avant » regrette-t-il.

Et pourtant ; les coopératives contribuent au bien-être des communautés et économique. « Cela justifie la mise en place d’un régime fiscal beaucoup plus clément, puisque les coopératives investissent déjà directement dans la communauté sans passer par le fisc, ce qui est même plus efficace. Réduire la pression fiscale pour les coopératives serait une forme de reconnaissance de leur double mission, un encouragement pour leur multiplication et augmenterait leurs moyens pour investir dans les communautés », a expliqué Baylon Katsongo.

En effet, en RDC, le SNCOOP, Service national des coopératives et organisations paysannes, un département du Ministère du Développement rural, existe mais patauge encore pour appuyer les coopératives. Pour le directeur de la COOCENKI, « le SNCOOP doit devenir un service pro-actif, doté de moyens significatifs par le budget national, mettant en place des organes de participation démocratique des coopératives à la formulation et à la mise en œuvre d’une politique d’appui d’envergure aux sociétés coopératives ».

C’est cette politique bien réfléchie ensemble avec les coopératives agricoles, renchérit-il, pourrait devenir le fer de lance de la « revanche du sol sur le sous-sol ». Elle serait bien plus efficace que l’approche actuelle des parcs agroindustriels dont tous les acteurs ont constaté l’échec.

Signalons que cette journée a été célébrée sur quatre sites dans la province du Nord-Kivu, à savoir : à Beni où la LOFEPACO a réuni les coopératives de cette entité. À Butembo avec la Coopérative Kawa Kabuya comme organisateur. À Mihobwe où le SYDIP a organisé une séance des réflexions.

Enfin, à Kiwanja, la COOCENKI a organisé une journée pleine d’activités.

(Visited 4 times, 1 visits today)

Leave A Comment