Prof. Baudouin Michel : « Avec une bonne politique agricole, en 10 ans, le Congo n’aura plus besoin de fonds extérieurs »

Économiste et agronome belge, M. Baudouin Michel est professeur à l’Université de Liège en Belgique et à l’Institut facultaire des sciences agronomiques (IFA) de Yangambi où il est l’actuel recteur, dans la province de la Tshopo, en République démocratique du Congo. Il est aussi planteur de café au Kivu. Et il a toujours plaidé pour la relance de la filière café en Rdc, en investissant dans la recherche et les petits planteurs, plutôt que dans la commercialisation, comme le proposent certains bailleurs de fonds. À La Libre Afrique.be, il livrait une démonstration éblouissante en faveur de la Rd Congo.

La République démocratique du Congo a été un grand pays producteur africain de café jusqu’au début des années 1990, avec une production annuelle de 100.000 à 120.000 tonnes. Cette production, explique le professeur Baudouin Michel, était « essentiellement le résultat du travail de petits planteurs. Ce qui veut dire que l’argent était redistribué à des millions de Congolais ».

Il précise que les deux-tiers étaient du robusta – qui pousse au-dessous de 1000 m d’altitude – planté dans l’ex Province Orientale, dans le grand Équateur, au Mayombe (Kongo-Central) – « très renommé ! » – au Maniema et un peu au Kasaï. Et le reste en arabica, plus prisé, qui pousse au-dessus de 1.000 m d’altitude, planté au Kivu et un peu en Ituri.

À en croire cet économiste-agronome belge, le robusta se vend aujourd’hui à la valeur de 1.000 à 1.500 dollars américains la tonne. Et l’arabica 2.500 à 3.000 Usd/tonne. « Là-dessus sont venues les guerres et les rébellions et aujourd’hui la RDC n’exporte plus que… 8.500 tonnes », précise-t-il.

Le sida du café

Ces 8.500 tonnes sont essentiellement de l’arabica, le robusta a pratiquement disparu, souligne Baudouin Michel, en raison des ravages d’une maladie spécifique de la variété, la trachéomycose. « C’est le sida du café ! Cette maladie est due au manque d’entretien des caféiers et s’est développée à cause de l’absence de politique agricole. Le résultat est dévastateur : la région d’Isiro (Haut-Uélé, ex-Province orientale) produisait 42.000 tonnes avant la maladie et 500 tonnes après celle-ci. Le seul remède est de détruire et replanter », a-t-il soutenu.

Selon ce professeur, l’arabica s’en est mieux tiré « parce qu’il se vend plus cher et parce qu’il est cultivé sur la frontière et donc plus facilement exporté. Mais là, il faut mettre un bémol : de 3.000 à 8.000 tonnes sont exportées chaque année frauduleusement vers l’Ouganda et le Rwanda (ce qui veut dire qu’en fait la Rd Congo produirait en réalité 12.000 à 16.000 tonnes) ».

Pourquoi ? « C’est simple », répond le professeur Michel. « L’Ouganda taxe l’exportation de café à 1 % de la valeur. Le Rwanda à 3 % de sa valeur mais avec un rabais pour les engrais. Et la Rd Congo taxe à 11 % », a-t-il indiqué.

Le premier problème est de produire, pas de vendre. Relancer la filière café au Congo ne peut se faire sur le robusta, estime Baudouin Michel : les prix sont moindres ; les plantations sont enclavées (faute de routes, il faut déplacer la récolte en avion ou à vélo !) ; en l’absence de recherche au Congo, on n’a pas encore de variété tolérante à la trachéomycose ; et les rendements sont faibles.

« Si on relance, ça doit être avec l’arabica. Mais la plupart de bailleurs de fonds proposent d’améliorer le marketing pour aider à mieux vendre le café congolais. Or ce n’est pas ça le problème ! », se désole le professeur Baudouin Michel. « Le problème, c’est que les arbres sont trop vieux – 60 à 70 ans pour la plupart – et les planteurs totalement découragés ».

Pour relancer la filière café, soutient-il, il faudrait évidemment revoir le taux de taxation à l’exportation et ceux sur les intrants agricoles mais, essentiellement, financer la recherche agronomique pour trouver des variétés adaptées aux conditions de culture et soutenir les petits planteurs pour qu’ils aient accès à ces variétés.

Baudouin Michel a des arguments très convaincants pour appuyer ses dires. « Le miracle ivoirien du cacao, qui a fait de la Côte-d’Ivoire le premier producteur du monde avec 45 % du marché mondial, est basé sur des plants venus du centre de recherche agronomique de Yangambi (à 100 km à l’ouest de Kisangani, au nord-est du Congo) qui était, jusqu’à la rébellion des Simbas, en 1964, le plus grand centre de recherche en agronomie tropicale du monde », dit-il. « Et bien qu’il soit dégradé, cela reste un centre énorme ».

Un quasi-monopole sur la quinine, inexploitée

La République démocratique du Congo, en outre, défend très mal ses intérêts en matière agricole, estime le professeur Baudouin Michel. Alors que le pays produit 80 % de la quinine dans le monde (l’arbre ne pousse qu’en altitude et sur l’équateur, conjonction peu répandue sur la planète), s’explique-t-il, la Rdc ne tire rien de cette position avantageuse et laisse quatre sociétés pharmaceutiques – deux allemandes, une néerlandaise et une américaine – exploiter cette quinine du Congo.

Ces sociétés sont régulièrement condamnées par les lois anti-monopoles, mais paient les amendes sans broncher en raison de leurs bénéfices colossaux, faits au détriment des Congolais. Ainsi, le petit planteur de quinquina congolais gagne 1/1000ème de la valeur ajoutée du produit.

À titre de comparaison, le petit planteur de café vietnamien touche 85 % de la valeur ajoutée et l’Ivoirien 55 %.

Lepetit Baende

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